
Question
J'ai une 2 CV 6 de 1990 livrée en France, donc avec un moteur A06/635 fonctionnant au super plombé ou au SP98 sans modification des réglages d'origine. Toutefois, car envisageant de séjourner assez longtemps aux USA, j'avais à l'époque demandé à Citroën de m'indiquer comment adapter mon moteur au SP95 (l'indice d'octane des essences US est plus faible qu'en Europe et leur qualité souvent médiocre). Il me fut conseillé de simplement diminuer l'avance à l'allumage de 1/2 dent. Le résultat a été (et est toujours) satisfaisant à 100%. À froid (même après plusieurs semaines ou mois d'immobilisation), comme à chaud, le moteur démarre au 1/4 de tour, sans le secours d'un allumage électronique ou autre amélioration, et ne cliquette jamais. Or, une comparaison entre mon moteur A06/635 et le A06/664 (prévu pour l'Allemagne dont le sans-plomb ordinaire est parfois du SP91) montre que la seule différence entre les deux, hors réglages habituels, vient du taux de compression : 8,5 (+/- 0,5) pour le 635 et 7,9 (+/-0,5) pour le 664.
Alors, je me pose les questions suivantes :
a) Avec ces tolérances de +/- 0,5, certains moteurs français seraient mieux adaptés à l'essence dite ordinaire que certains moteurs allemands ? Si oui, comment le constructeur pouvait-il gérer ces variables ?
b) J'ai entendu plusieurs fois des pétroliers dire que le SP98 est un produit provisoire, seul le SP95 devant rester à terme sur le marché européen. Compte tenu de son plus faible coût (et paradoxalement donnant une consommation que j'ai constatée un peu plus faible), pourquoi ne pas conseiller aux possesseurs de 2 CV 6 produites à partir de l'année modèle 1987 (donc apparues dès septembre 1986 selon Citroën) d'adapter directement leur moteur au SP95 ? Bien sûr, on perd un peu de puissance (environ 1 cheval).
Francis
Réponse de Jacques Barcat
Ah, vous y tenez à jouer sur les chiffres à ce point ? Eh bien, allons-y !
a) Déjà 7,9, même sans aucune tolérance, pour moi c’est tout simplement 8. La moindre petite couche de calamine de 5/100e de mm d’épaisseur, recouvrant uniformément (au mieux) les calottes des pistons, la voûte de la culasse et les soupapes, et, avec l’encombrement, vous l’avez le taux de 8 ! Et surtout avec une tolérance de + /- 0,5 ! Alors évidemment, si l’on chipote, 7,9 +/- 0,5 et 8,5 +/- 0,5 ça se croise un petit peu. Pour être précis, la « fourchette » de croisement, c’est l’intervalle de 8 à 8,4, ce qui fait qu’on peut imaginer par exemple de trouver un 635 français qui s’offre un taux de 8 face à un 664 allemand affichant un taux de 8,4, le rendant finalement plus inapte à digérer l’ordinaire de son pays. Mais de toute façon, comme il y a eu aussi des moteurs (Ami 8, Dyane 6 et certaines 2 CV 6) avec des pistons de taux de compression 9, ce sont surtout eux qui ont le problème : leur carburant désigné est le 98. C’est pour eux que le 95 est plutôt à éviter. Mais rassurez-vous : au besoin, ils le « mangent » quand même sans en mourir pour autant. Bien sûr, il vaut mieux alors éviter de monter les fortes côtes en sous régime et pied au plancher ! On doit, soit lever un peu le pied, soit rétrograder, soit même les deux, si l’on veut arrêter les cliquetis ! Mais sinon, faute de mieux, ça roule ! Alors, vous savez, la gestion des variables entre 7,9 et 8,5 tous deux +/- 0,5 … ! Le plus bête de l’histoire, c’est justement que le 98 convient à tous : les « 9 », les « 8,5 » et les « 7,9 ». C’est le 95 qui ne convient pas à tout le monde. Aux « 7,9 », oui, aux 8,5 peut-être encore, selon la tolérance, mais aux « 9 », plus vraiment ! Je pense que le conseil de la ½ dent (ce qui n’est d’ailleurs guère énorme comme retard !) est très bon, mais le plus simple est de voir comment réagit telle ou telle voiture : si elle est sujette au cliquetis, c’est là qu’on peut intervenir par ce genre de manip. Sinon, pas la peine de se fatiguer.
Cette discussion me donnerait bien l’idée de faire ici un mini topo sur le cliquetis, la détonation et les indices d’octane ! Mais ça serait beaucoup trop long pour un courrier et j’essaierai de le glisser en article spécial dans un prochain numéro.
b) Je crois bien avoir entendu dire la même chose, mais, n’étant pas pétrolier, je ne peux en dire plus. Il est certain qu’alors, si l’on n’a plus que du 95, les moteurs les plus comprimés (à 9) n’y couperont pas d’une tricherie de retard à l’allumage ou d’additif « dopant ». Mais pour le moment, le 98 est encore là… alors, il sera bien temps, quand il disparaîtra, de faire ces modifs qui ne sont pas compliquées