
Question
. Voici 2 remarques techniques à méditer (ranée dirons certains !)
Allumage
Suite aux différentes questions posées par les lecteurs de 2 CV-Xpert, je m'aperçois que de nombreux deuchistes ont des problèmes d'avance ou de retard à l'allumage, ce qui peut s'expliquer par le calage en statique, mais il faudrait pouvoir le vérifier en dynamique, car finalement tout dépend de l'état et du réglage des masselottes d'avance centrifuge.
Citroën préconise pour une 2 CV 6 un débattement des masses de 12° 30' (10° à 15°) réglable avec l'appareil spécial Fenwick, mais difficilement réalisable sans, alors que le bon fonctionnement du moteur en dépend.
Si le débattement des masselottes est trop important, on ne peut plus régler correctement le point d'allumage, car avec 0,40 mm d'écartement au rupteur, l'orientation de l'allumeur dans le sens d'horloge sera insuffisant.
Si le débattement des masselottes n'est pas assez important, des ratées dues au retard à l'allumage apparaissent dès 2 000 tr/min environ et la puissance moteur diminue sérieusement.
C'est ce qui arrive à un ami qui a remplacé les masselottes, mais qui ne sait plus comment les régler (il faut légèrement les plier dans un sens ou dans l'autre).
Sur ma voiture personnelle, le réglage est loin d'être une référence, ce qui fait que les mesures sont erronées. Il me semble que si on connaissait la valeur de la course des masses, de la position de repos à la position en butée de débattement maxi (correspondant à 12° 30'), on pourrait plus facilement les régler à l'aide d'un jeu de cales.
Qu'en pensez-vous, ou bien une autre méthode est-elle possible quand on n'a pas d'appareil ?
Carburateur
Pourquoi le réglage de la hauteur des flotteurs d'un carburateur double corps 26/35 (buses de 18/26) repère 225 est-il de 21 mm au lieu de 18 mm sur un 26/35 (buses de 21/24) repère 197 (documentation de la Revue Technique Automobile), alors que ces carbus sont relativement similaires ?
Dominiqu
Réponse de Jacques Barcat
Vous montrez là du doigt un vrai problème dont on a, de fait, encore très peu discuté ! Cette histoire de l'avance centrifuge évolutive sur les Deuche, je dois bien reconnaître qu'on m'a même blousé un certain temps avec ça. Pendant longtemps, j'ai cru que le système des masselottes était super calculé pour, à partir d'une avance mini de ralenti, donner automatiquement toute une belle gradation d'avances adaptées à toute une série de régimes moteurs croissants. Mais c'est la Visa à allumage électronique qui m'a mis la puce à l'oreille. Curieusement, elle a, non pas un capteur, mais deux : un pour le ralenti et l'autre pour la marche routière... Nombre de voitures à allumage électronique à calculateur n'ont qu'un seul capteur et font évoluer l'avance par déphasage. Sur Visa, en fait, en dessous d'un régime mini, le système est à l'écoute du premier capteur et donne l'avance standard pour ralenti, puis, dès que ce régime est franchi, d'un seul coup, il passe à l'écoute du second capteur, lequel est franchement décalé et donne l'avance standard pour marche routière.
Eh bien, sur 2 CV à allumage traditionnel, si l'on y regarde bien, c'est quasi pareil ! Au ralenti, les masselottes sont bien rétractées à fond pour donner l'avance de ralenti, et, dès qu'on dépasse 1 500 tr/min, elles sont déjà décalées à fond en butée pour donner toute l'avance routière... Autrement dit : les positions intermédiaires ne sont prises que sur une marge infime de régimes très éphémères de mise en route, à savoir de 600 à 1500 tr/min. Alors, cette évolution analogique, c'est un peu de la daube ! Elle ne sert à rien de pratique. Ce qui compte, pour elle, c'est les deux extrêmes : avoir la bonne avance de ralenti, et surtout la bonne avance routière. Là où le bas blesse, c'est que, même si l'on fait un bon calage à la lampe pour assurer l'avance de ralenti (la moins importante), l'avance finale routière, décalée à partir de cette base, ne dépend que de la bonne position des butées, lesquelles peuvent très bien être, comme vous le dites, n'importe quoi ! Et même d'ailleurs, réflexion faite, quand on observe bien le montage, on s'aperçoit que la position de repos-ralenti de la came est, elle-même, assez incertaine, car il n'y a pas véritablement de butée de repos : c'est le libre relâchement des ressorts qui impose la position, ce qui donne prise à d'éventuels caprices du zéro. On n'est donc même pas vraiment assuré du point de départ...
Alors, que faire ?! Eh bien, le seul moyen de s'en sortir sans y passer l'année, ça va être de disposer, et d'un stroboscope, et d'un petit appareil Fenwick. Pour l'appareil Fenwick, il n'est pas très sorcier à imiter par un bon bricoleur, puisqu'il suffit de rendre une aiguille indicatrice solidaire de la came, devant un vernier solidaire du carter.
Une fois muni de cet appareil et d'un stroboscope, la procédure à suivre sera la suivante : piger le moteur au point d'allumage de base et marquer une dent du volant et le carter en vis-à-vis, pour avoir un repère visuel de base. Brancher le stroboscope et observer ces marques, moteur tournant au ralenti : on doit voir ces marques bien en vis-à-vis. Si, malgré le ralenti, elles n'y sont pas, ça signifie déjà que l'avance centrifuge décolle trop tôt (ressorts trop mous), mais ce n'est pas ici le plus important. Mettre ensuite le moteur en régime de route stable et observer au strobo : la marque mobile doit avoir glissé vers votre gauche (en fait, vers la droite de la voiture). Repérer sa nouvelle position sur le carter, la marquer (en faisant bien attention au volant moteur qui tourne !) et calculer l'angle des deux positions. S'il a le bon goût d'être égal au débattement centrifuge prévu, tout va bien pour la marche routière. Sinon, calculer d'abord l'erreur en plus ou en moins, puis ôter le rupteur d'allumage, pour monter le Fenwick et lire le débattement directement. Il doit normalement valoir la moitié du débattement lu au strobo sur volant moteur. Tordre les butées en plus ou en moins, en conséquence jusqu'à avoir le bon angle Fenwick. Remonter le rupteur, redémarrer et regarder au strobo. Sauf maladresse, cela devrait correspondre.
Bien sûr, on pourrait théoriquement se dispenser du Fenwick et corriger par tâtonnements les butées jusqu'à avoir accord avec le stroboscope, mais chaque essai exigerait une laborieuse opération de dépose, repose et recalage du rupteur, et l'on n'en finirait pas !
Attention encore : l'angle de 12,5° plus ou moins 2,5° (à savoir de 10 à 15 °) des caractéristiques 2 CV 4 et 6 est un angle sur volant moteur. Cela signifie que l'angle Fenwick sera 6,25° plus ou moins 1,25° (à savoir de 5 à 7,5°).
Autre remarque : utiliser un jeu de cales pour positionner les butées en présumant du débattement des masselottes me paraît précaire, car tributaire de grandes sources d'imprécision, alors que l'avantage du Fenwick est qu'il mesure directement le résultat, sans supputer sur les causes. On aura plus vite fait de s'en bricoler un. J'ai bien ma petite idée là-dessus et j'espère communiquer la recette, si les essais sont concluants...
Pour le niveau de cuve des carbus double-corps, dites-vous que c'est comme dans une équation mathématique : si vous changez un paramètre, cela peut se répercuter sur un, voire plusieurs autres. Je ne sais pas par cœur les tailles de buses et de gicleurs de ces carbus, mais déjà, même s'ils se ressemblent comme deux frères, on voit qu'ils n'ont pas les mêmes buses et cela s'est répercuté sur les hauteurs de cuve. Par exemple, vous pouvez faire l'expérience : si vous mettez le niveau 21 sur celui qui doit avoir 18, le moteur va parfaitement démarrer et tourner très bien au ralenti, mais... il refusera tout net de prendre les tours ! Niveau trop bas, donc manque d'essence pour la configuration routière.
Bon ! Je dois quand même arrêter là, mais on doit bien reconnaître que des lecteurs comme vous nous font cogiter dur.