Réponse de Jacques Barcat
Problématique ? Voilà un bien drôle de grand mot pour habiller la seule et unique évocation, très subjective, d'odeurs nauséabondes, que vous faisiez sans autre précision ! Ce mot, pour redondant qu'il est, suppose au moins des hypothèses précises. Et, comme je l'ai d'ailleurs dit, une Deuche peut sentir une foule d'odeurs : fuites d'échappement, d'es-sence, huile brûlée, freins qui chauffent, jusqu'à odeurs de fils électri-ques en surchauffe ou manches à air qui charbonnent... et j'en passe.
Après la thèse gratuite du reniflard fusilleur de moteurs, aujourd'hui, nouvelle thèse, non formulée la 1re fois, de la batterie qui empesterait l'hydrogène sulfuré (ou H2S), odeur bien connue des œufs pourris. Et cela servi avec, s'il vous plaît, des bribes d'équations chimiques non équilibrées du genre (je cite) SO4(2-) --> HS(-) + e(-) + 2 O2. Curieux ion sulfate qui produit un atome d'hydrogène qu'il ne possède pas au dé-part... Faut-il lire plutôt : 2H(+) + SO4(2-) --> HS(-) + e(-) + H(+) + 2 O2 ? Là, on serait plus fidèle au rien ne se perd, rien ne se crée de notre bon Lavoisier. Et l'on aboutirait finalement, en surcharge, à pro-duire de l'H2S et de l'oxygène ?
Ne plaisantons pas : je ne vais pas vous servir ici toute la théorie chimi-que interne aux batteries au plomb, qui est, sachez-le bien, beaucoup plus complexe que cela. Il y a même plusieurs théories équivalentes concurrentes de sulfatation ou oxydation.
Et, en pratique, sans besoin d'équations, il est archi connu qu'en fin de charge, l'eau, solvant de l'acide sulfurique, commence à se décomposer de plus en plus en hydrogène et oxygène (en mélange détonnant), ce qui produit le fameux bouillonnement révélateur de fin de charge. Il n'y a pas deux régimes bien distincts de charge et de surcharge. Même la charge normale est déjà une légère surcharge, puisque l'alternateur im-pose du 14,5 volts à une batterie qui ne peut dépasser 13,5. En cas de forte surcharge (18 volts par exemple), ce bouillonnement devient in-tense, la batterie chauffe, perd son eau rapidement par électrolyse et aussi évaporation. Même avec les batteries sans entretien, où ces phé-nomènes sont partiellement calmés, s'il prenait aux accus de dégager de l'H2S en masse, comme vous l'affirmez (seulement maintenant), l'odeur infecte caractéristique serait repérée et signalée depuis des lus-tres, à moins de ne pas avoir de nez ou d’accuser lâchement le « marigot voisin mal tenu » ou... les passagers ! D'ailleurs, un autre symptôme de surcharge énorme est la nécessité de changer très sou-vent les ampoules d'éclairage qui flashent les unes derrière les autres, et vous ne vous en plaignez pas. Et dieu sait si j'en ai connu des batteries en surcharge, que j'ai fini par flinguer (il y en a même deux qui m'ont explosé en pleine figure !), bien avant de sentir la moindre odeur d'œuf pourri, caractéristique de l'H2S. Faudrait-il un niveau de surtension di-gne du livre Guiness des records pour arriver à ce résultat ?
Pour le dessert, vous nous servez la grande découverte du réglage de la molette du régulateur. Il y a longtemps que je ne joue plus à cela ! Cette molette était faite pour le réglage à vie du régulo en usine. Son couvercle était d'ailleurs scellé par des rivets métal ou plastique qu'il faut détruire pour ouvrir. Bien sûr, quand la panne ne vient pas d'une oxydation des contacts de vibreurs, l'action judicieuse sur la molette peut dépanner, en modifiant la dureté du ressort et donc le seuil de tension de coupure du relais vibreur (bobinage de tension), mais dites-vous bien que c'est une bidouille provisoire, juste bonne pour tenter de finir un voyage, mais qui n'empêchera guère le régulo de recommencer ses conneries. Si une tierce personne a réussi à vous bluffer avec ce réglage de régulateur, dites-vous bien que c'est une foutaise, même si ça marche. Normale-ment, on ne procède à ce réglage ni en entretien, ni en réparation. On garde ou on change. La manip’ sur la molette, je la pratique en stage pour expliquer le fonctionnement, mais surtout pas pour régler.
Un régulateur n'est pas un appareil conçu pour subir entretien et répara-tion. Il se règle en fabrication (avec effectivement la fameuse molette) et ne se répare pas. Toute réparation, même efficace, n'est pas fiable dans le temps et n'est qu'une bidouille provisoire en attendant un remplace-ment rapide. En effet, si le régulo, après fonctionnement correct sur des années, se met un jour à foirer, il y a une raison évidente : c'est par fati-gue de ses organes. Il se doit d'être fiable à 100 % et, si ce n'est que 99 %, c'est la poubelle !
Un conseil d'ailleurs : changez vite votre régulo contre un de ces petits régulateurs électroniques qui marchent fort bien. Et eux, c'est pareil : quand ils merdent, on les remplace. Quant à la batterie, si elle a vrai-ment réussi à empester à ce point la 2 CV, je ne donne plus cher de son avenir...